Zone Zéro Gêne, le mag sexo d’un monde sans gêne

Vous voulez qu’on vous parle de sexe autrement ? Vous en avez soupé du politiquement correct ou du vaginalement correct en matière de sexualité ? Vous voulez rire sous la plume alerte et moderne de Gaëlle-Marie Zimmermann ? Vous voulez quelque chose qui ressemble à votre vie, celle des vrais gens ?

Allez faire un tour, vous allez adorer !

zone zero gene

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Q du Plaisir

Elle s’appelle Séverine Broussy et elle n’a pas froid aux yeux…ni ailleurs.

Dans son one woman show, elle aborde le sexe avec humour et révèle des terribles vérités, toutes bonnes à rire.

Avec ses mimiques incroyables, cette fille culottée, déjantée même, vous offre une heure de plaisir et de légèreté.

Mais jugez plutôt.

Spectacle à voir avec votre moitié ou entre amis pour bien commencer la soirée !

Théâtre des Blancs Manteaux

15 rue des Blancs Manteaux,

75004 Paris

Lundi, mardi et mercredi à 19h30

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En faveur du couple

En ce moment un bus sillonne la France avec, à son bord, des sexologues, des thérapeutes. Ces professionnels de la santé répondent aux questions des passants. L’occasion de parler de ses problèmes sexuels, d’obtenir des réponses à ses doutes et, pourquoi pas, d’être orienté vers l’interlocuteur idéal.

Je trouve l’initiative formidable, comme toutes celles qui vont dans le sens du couple.
Par contre, et même en étant libérée,  je me demande si j’aurais personnellement le courage, le culot de parler avec des inconnus dans la rue ou dans un bus, de ce que j’ai de plus intime.
Et vous ?

vivresoncouple

http://www.vivresoncouple.com

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Le trop bel homme

J’ai planté ma voiture où j’ai pu et j’ai continué à pied, sous une petite pluie fine.

J’avais presque une heure de retard. Il m’attendait.

Je le savais puisque je l’avais appelé un peu plus tôt pour me confondre en excuses et surtout pour entendre sa voix.

C’est important « une voix », j’ai découvert la sienne entre deux klaxons, coincée dans un putain d’embouteillage parisien. Tandis que mes essuie glaces couinaient sur mon pare brise, elle s’est élevée, grave, posée, masculine, douce. Une voix à vous donner des frissons dans l’oreille.

A tel point que, si j’avais pu, j’aurais  plaqué une sirène sur le toit de mon auto, et je me serais faufilée entre les voitures inertes. Avec la main, par la fenêtre, j’aurais fait signe aux passants de ne pas passer, j’avais une urgence : un grand brun à la voix fantasmatique. Tout le monde aurait compris. Surtout les femmes. Elles auraient levé le pouce bien haut, en signe d’encouragement. A défaut de pouce, j’avais eu un médium bien dressé, de la part d’un barbu qui n’acceptait pas que je lui vole quelques mètres, et que je l’empêche de s’emmerder un peu plus tôt chez lui.

Quand j’ai finalement franchi la porte du bar, j’étais trempée et anxieuse. Et puis, je l’ai vu, assis sur un canapé rouge, dans un coin, tout au fond de la salle. Il feuilletait un journal, un cigare à la main. Je ne sais pas ce qui m’a le plus troublée, à vrai dire : la longueur du cigare, la grosseur du cigare, ou le fait qu’il puisse se concentrer sur le Monde Diplomatique alors que je m’apprêtais à débarquer d’un instant à l’autre. Moi, dans de telles conditions,   jamais je n’aurais réussi à lire plus de trois lignes. Je me connais. Les caractères se seraient mis à danser et j’aurais fixé la page frétillante sans rien comprendre aux régimes de retraite ni à la politique monétaire de mon propre pays. Mais, moi, c’est différent, je suis une émotive. Et les émotifs font toujours semblants de lire avant leur rendez-vous galant.

Lui n’était pas de cette catégorie, ou alors, il le cachait mieux.

Sentant ma présence et l’humidité de mon manteau, il a fini par lever les yeux de son journal.

Son front était encore marqué par la concentration. Il a secoué la tête comme pour se débarrasser de ses vilaines rides qui n’étaient même pas vilaines, et il s’est levé.

Malgré mes hauts talons, il me dépassait d’une bonne tête. Sa stature était telle et l’envergure de ses épaules si impressionnante qu’avant même de lui claquer une bise maladroite, j’aurais aimé poser ma tête sur son torse, plaquer une oreille contre son cœur, et attendre que ses mains viennent caresser mes cheveux. Peut-être même qu’il aurait pu murmurer « ça va aller » ou quelque chose comme ça.

Non, il m’a tendu sa joue. Du bout de mes lèvres sèches, je l’ai embrassée et j’ai suivi sa main qui m’invitait à m’asseoir sur le petit canapé à coté du sien.

Nous nous sommes échangés à nouveau nos prénoms, pour être bien sur de ne pas commettre d’impairs, même si le sien était déjà bien gravé là haut, et j’ai commandé la même chose que lui. Juste pour créer une connivence. Le serveur m’a apporté un verre de St Emilion, un bon gros rouge qui allait certainement me noircir les lèvres avant la fin de la soirée.

Nous avons trinqué. C’est à ce moment là, je crois, que je me suis aperçue de son effrayante beauté. Bon sang, la Nature n’y avait pas été de main morte. Cette garce lui avait donné des traits fins, un nez prononcé, dessiné avec soin, des cheveux noirs bien implantés et sans épis – malgré ses 43 ans, il n’en manquait pas un – et, comme si ça ne suffisait pas, du charme plein les yeux et plein les fossettes. Ça en était presque indécent : tout pour un seul homme, alors que dehors, sous la pluie, d’autres, moins chanceux, crevaient de laideur.

Il a rallumé son cigare avec un petit chalumeau. « Un briquet torche », qu’il m’a dit. Moi, je n’avais jamais vu de briquet torche de ma vie, ni d’hommes aussi beaux. Du coup, sur mon canapé, au lieu de me réjouir, je me suis contractée. J’ai croisé mes jambes, j’ai croisé mes bras, j’ai appuyé mon dos contre le dossier, pour finalement me dire qu’ainsi avachie, je n’étais pas à mon avantage, alors, vite, je me suis redressée. Mais peut-être paraissais-je trop raide. J’ai essayé de me raisonner, de me souvenir des gestes que je faisais habituellement, machinalement avec les autres. Et là, mon cerveau a commencé à perdre pieds et à m’envoyer des informations incompréhensibles : « quels autres ? »  «  Souris » « non, pas avec la bouche ouverte » « contrôle que tu n’aies pas de tanin sur les lèvres » « t’es-tu bien mouchée ?»

Je ne sais pas ce que lui disait son cerveau à lui, en tout cas, il paraissait serein. Il a porté le cigare à sa bouche  – Je vous ai parlé de sa bouche ? – et en creusant les joues,  a inspiré quelques bouffées. N’importe qui d’autres aurait été détestable avec ce phallus marron au bord des lèvres, pas lui. Lui, il sentait le sexe. A moins que ce ne fût le mien qui, gorgé de vie, commençait à suer fortement entre les dentelles de mon shorty.

-         ça ne te dérange pas l’odeur ?  m’a-t-il demandé.

Je suis restée interloquée. Bon sang, il les sentait donc aussi, les effluves du désir. Comme je ne répondais pas, il a pointé son cigare dans ma direction.

-         L’odeur du cubain, ça ne te dérange pas ?

-         Ah, ça. Non…..ça sent la crevette.

Il a levé ses sourcils bien haut sur son front :

-         La crevette ???

-         Ben oui…la crevette

Je sais bien qu’il n’y a pas de système de notation lors d’un premier rendez vous, mais s’il avait existé, ce système, j’aurais perdu 100 points d’un coup. Quelqu’un aurait buzzé quelque part et une croix rouge se serait allumée au fond de la salle. « Suivante ! ».

Mais rien ne s’est allumé, si ce n’est, encore une fois, son briquet torche. Il a repris une  bouffée et s’est presque allongé sur la banquette. Dans cette position, je distinguais très nettement les muscles saillants de ses cuisses à travers son jeans. Dès qu’il tournait la tête, mon regard remontait le long de son corps, et à la marque d’usure qu’il avait sur le haut de son pantalon, je pouvais même déterminer l’emplacement exact de son sexe.

C’est là que le nerf de mon œil droit a commencé à partir en vrille. Je l’ai senti tout de suite. Ma paupière s’est mise à cligner de façon totalement incontrôlable. J’ai posé mon doigt sur le tic, juste au dessus de l’œil, pour faire cesser le tremblement. J’ai même fermé les yeux une seconde. Quand je les ai rouverts, le spasme s’était atténué mais l’homme me regardait étrangement. Sous la table, mon pied gauche battait désormais la chamade.

Il fallait que j’écourte la soirée, mon corps se délitait peu à peu. Je me suis levée. Ma tête a cogné contre une applique qui a grillé aussitôt. Ça l’a fait rire. Je l’ai remercié pour cette délicieuse soirée et je me suis enfuie.

Après quoi, dans la voiture, enfin en paix, seule avec moi-même, je me suis copieusement insultée.

Il pleuvait toujours.

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Loin des clichés érotiques

J’ai calé les deux oreillers sous ma tête, me suis enfouie sous la couette parce qu’il fait drôlement froid chez lui et je lis. Je lis un recueil de nouvelles érotiques. Dès la première page, comme d’habitude, l’héroïne porte un chemisier qu’un homme habile prend soin de déboutonner avec une infinie lenteur. Apparaît alors son ventre plat. C’est bien précisé : « son ventre plat malgré deux grossesses ». Elle frémit quand l’homme, taquin, renverse un peu de champagne sur son VENTRE PLAT et se contorsionne de plaisir tandis qu’il la lape. Evidemment, une fine rigole s’insinue dans sa toison dorée. L’homme qui ne veut rien perdre -  au prix du champagne, on le comprend – enfouit son nez dans les poils pubiens doux comme de la soie, et lèche, lèche, lèche, s’enivre de son sexe poivré et légèrement alcoolisé. C’est l’extase pour elle, c’est l’extase pour lui, youpi. Il n’y a que moi qui m’emmerde en lisant. C’est de ma faute aussi ; il me faut toujours une pointe de réalisme, quelque chose qui sonne comme la vraie vie, celle des déconvenues. Oh, je ne demande pas grand-chose : il aurait suffit qu’il se redresse et qu’avec son pouce et son index, il récupère laborieusement un poil pubien englué sur sa langue. Rien que ça. Rien que ça, ça m’aurait excité.  Mais je ne dois pas être comme tout le monde puisque personne n’écrit pour moi. Sinon les femmes auraient des vergetures, les hommes des pannes sexuelles et des phrases malheureuses. Et les amants ne s’embrasseraient pas à pleine bouche au petit matin. Parce que dans la nouvelle érotico-érotique, après l’orgie au champagne, les orgasmes à répétitions, ils s’endorment et, au réveil, se roulent des gros palots. Alors, de deux choses l’une : soit je suis la seule à avoir une haleine de dogue au réveil – et je veux bien l’entendre, ça m’inciterait à boire moins et à ne plus fumer et, pourquoi pas, à m’acheter une brosse à dents électrique – soit il s’agit de Ken et de Barbie. Et Ken et Barbie qui font l’amour, ça ne m’a jamais excité. Même quand j’avais 10 ans et que je dirigeais moi-même leurs ébats, devant le camping car rose ou dans la maison à trois étages.

Je repose ce livre érotique que je ne finirai pas, un de plus, et j’attends que mon homme me rejoigne au lit.

Par la porte entrouverte de la salle de bains, je l’aperçois. Il est debout, devant le lavabo, une serviette nouée à la taille. Il a posé sa brosse à dents dans le gobelet et s’est approché du miroir. Il se tire la peau dans tous les sens, la presse par endroits, exactement comme une femme. Comme je le fais quand je sais qu’il ne me regarde pas. Il a dû repérer un point noir quelque part sur son front. J’ai envie de lui crier « laisse-le moi » -c’est dégueulasse mais j’adore ça- mais je me retiens : il est encore trop tôt, notre relation naissante ne supporterait pas ce genre d’intimité. Pour l’instant, je ne peux que l’attendre dans son lit, alanguie et impatiente.

-         Alors, tu viens ?

-         Ahhhh, ouiii, je viens…je viens, je viens, je viennnnnns répond-il en faisant irruption dans la chambre.

Il est entièrement nu maintenant et entreprend quelques pas de danse, la verge flaccide, une main sur son ventre rond, l’autre s’agitant au-dessus de sa tête. A sa façon, il est sexy.

Je le lui dis. Exactement, je lui dis :

-         On dirait Fantasia.

-         Qui ? demande-t-il sans s’arrêter

-         Fantasia. Le dessin animé avec les hippopotames qui dansent 

-         Hoooo… la salope !

« La grooosse salope », répète-t-il en se jetant sur le lit. Je hurle, rabats la couette sur mon visage mais il est bien plus fort que moi, mon hippopotame. Il arrache la couette d’un coup. Avec ses genoux, il écarte brutalement mes cuisses et m’écrase de tout son poids. Je fais mine de me débattre. Ça l’excite. Il me pénètre, réduisant les préliminaires à un  « Putain, je vais te faire mal ! ». En vrai, il ne me fait pas mal mais je grogne quand même : « Aie aïe aïe ». Pour la forme.

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Frissons et domination

Voilà une petite perle de l’érotisme que j’ai trouvée sur le net.

Bien loin du film porno classique, en quelques minutes, nous plongeons dans le fantasme pur où tout est suggéré et montré à la fois. Le décor est soigné, la musique judicieusement choisie et les comédiens parfaits.

Mais je vous laisse juger et commenter.

Régalez-vous !  

(Attention, cette vidéo est destinée à un public averti et majeur)

 

source : http://www.adnstream.tv/video/HeSkBuwDig/Las-Esposas

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Un blog qui vaut le détour

 Au Paradis des Muses, voilà un nom fort joli pour un blog qui l’est tout autant. L’homme, puisqu’il s’agit d’un homme derrière l’écran, écrit bien et traite l’érotisme avec élégance et gourmandise. Le vocabulaire est riche, précis, les mots choisis sont doux, parfois crus et le mélange des genres rend la lecture . . . comment dire …oh et puis faites-vous un avis par vous-même.

Au Paradis des Muses

 

J’aime particulièrement la note « au bord de l’oreille » qui donne toute son importance à un sens parfois oublié dans les jeux coquins : l’ouie… et qui est au coeur de mes coffrets.  

 

Au Paradis des Muses

(Note illustrée par une de ses photos)

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La fouille au corps

Sur l’épaule, gauche je crois  – mais comment voulez vous savoir, nos corps étaient dans tous les sens – il avait un tatouage. Dans la semi pénombre de sa chambre, je ne distinguais pas clairement le motif. Une tête d’indien dans un rond peut-être. En tout cas, une chose est sûre, ça m’a clairement excitée. Je sais bien que ça peut paraître con : tous les tatoués ne sont pas des durs à cuire ni des légionnaires.  Mais, comprenez-moi, c’était la première fois que je faisais l’amour avec un homme tatoué. Un vrai. Et sur les draps, il y avait comme des grains de sable qui m’irritaient la peau.

Si j’avais lu sur sa poitrine « ici personne », je ne me serais pas étonnée outre mesure. Mais il n’y avait rien d’écrit, évidemment, juste une longue cicatrice fine que mes doigts parcouraient. Ce n’était pas le moment de lui en demander l’origine, mais, haletante dans ses bras, j’imaginais que quelqu’un l’avait ouvert, là, juste sous le sein et lui avait arraché le cœur. Je me voyais le rouvrir, à mon tour, au même endroit,  du bout de mon ongle acéré, suivant la ligne déjà tracée, et introduire ma langue dans la plaie, une langue infinie qui se serait glissée entre les cotes, pour finir dans  la cavité, à la recherche éperdue d’un petit bout oublié. Et je l’aurais mâché comme il me pénétrait, lentement pour faire durer.

Au lieu de cela, ce sont ses doigts que je suçais, un à un, je les engloutissais,  je léchais la paume aussi, comme un chien reconnaissant, à la truffe fine, qui se nourrit une deuxième fois par l’odeur alléchante. Mais ses doigts ne sentaient rien, cet homme n’avait pas le cœur sur la main, juste le goût de mon sexe, que je connaissais trop bien pour m’en contenter.

J’aurais voulu plus. C’était idiot. Il me donnait, il se donnait déjà beaucoup. Je pense même qu’au regard  de ma longue expérience chaotique, je pouvais affirmer que oui, lui, c’était un bon amant. Mais à ce moment précis, j’aurais voulu plus. Qu’on recommence à faire l’amour avant même d’avoir fini. Je sentais mon sexe accueillant, élastique, et le sien, le sien gonflé de désir, impatient et bien élevé. Il se retenait. De jouir aussi.

Finalement, alors qu’il n’y croyait peut-être plus et qu’il s’acharnait, c’est moi qui ai joui. J’ai joui en regardant ses mains torturer mes seins. J’ai joui en gueulant et il m’a suivie, dans la seconde. Dans la précise seconde. Sa voix plus grave que la mienne a couvert mes cris. Ma bouche tordue s’est écrasée contre son tatouage. J’ai senti la vague remonter jusqu’à ma gorge et perforer mes glandes lacrymales. J’allais pleurer sur cette épaule presque inconnue. J’allais pleurer quand, dans le silence revenu, le silence tremblant de la chambre, je l’ai entendu rire, mais rire de bon cœur. Rire comme si je lui chatouillais les pieds et qu’il était heureux. Alors, rien, j’ai ri avec lui. En pleurant un peu. 

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Ce qui est bon pour moi est bon pour toi

Dans ma bouche, le sentir jouir, ce fut avant tout une émotion. Après vint le goût. Semblable à celui d’un édulcorant. Assez surprenant mais pas désagréable. La dernière gorgée avalée, je songeais en souriant à son prochain sobriquet. Désormais, je le surnommerai : saccharose. J’étais assez contente de moi, saccharose, c’était mignon et fort à propos. Bien sûr, avec le temps, je l’aurais appelé  Saka et nous aurions inventé  une jolie histoire pour expliquer à nos amis, à nos familles respectives, l’origine de ce diminutif.

Je lâchai son sexe qui s’écrasa mollement contre sa cuisse, la gauche comme d’habitude, et, encore sous la couette, je me mis à ramper, victorieuse, le long de son corps, jusqu’à ce que ma tête jaillisse au grand jour. J’avais les joues rouges et la bouche collante. Il me regarda. Ça le rendait beau cet air perdu et reconnaissant à la fois. Je ne sais pas si j’étais belle moi-même, avec ces rigoles de plaisir dégoulinant sur mon menton, avec mes cheveux hirsutes que ses mains avaient violemment décoiffés. Je ne sais pas si j’étais belle ainsi mais je me sentais pleine, pleine de son plaisir à lui.

Sans rien dire, il me serra dans ses bras comme jamais il ne l’avait fait auparavant. Je pris cet élan de tendresse, la tête calée dans son cou encore en sueur.

Un jour, c’est certain, nous allions finir par nous aimer pour de vrai. Ce jour là, je lui dirai : « Tu te souviens de notre rencontre, c’était un vendredi, tu avais une écharpe multicolore, tu m’attendais devant un kiosque à journaux et moi j’ai couru pour arriver à l’heure.. ». Ce  jour là, nous ferons comme tous les couples solides, nous nous repasserons les épisodes de nos premières fois. Et dans ces premières fois, il y aura ce moment là, moi tout contre lui, lui tout contre moi, son sexe repu et ma bouche humide, et le silence qui perdure pour ne pas rompre la magie.

Il ne bougeait plus. Peut être s’était-il endormi… Je me redressai. Non, ses yeux étaient grand ouverts. Il souriait comme s’il avait compris lui aussi que, de ce moment, il y aurait un souvenir. Qu’elle était douce cette complicité et qu’elle me donnait envie de l’embrasser. Je tendis mes lèvres vers les siennes.

C’est alors que, brusquement, sa main se plaqua devant sa bouche et, dans un sursaut de dégoût, il détourna le visage.

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Sur le bout de la langue

C’est toujours délicat, au lit, je deviens sourde.

J’écarte ma bouche de sa verge pour mieux entendre. Il a murmuré quelque chose d’incompréhensible. D’instinct, je sens que c’est important. Je remonte à la surface, le long de son ventre, puis de son torse, je place mon visage en face du sien, prête à lire sur ses lèvres s’il le faut :

-  Qu’est ce que tu as dit ?

-   Euh… Que j’aimerais te donner du plaisir aussi, là, maintenant.

-   Et c’est pour cela que tu m’interromps ? lui dis-je en riant tout de même.

-   Ben, oui, c’est donnant donnant, non ?

-  Donnant donnant ? Mais qui t’a appris ça ? Tu l’as lu dans un de tes manuels de PNL?

Je ne devrais pas me moquer de ses acquis, ce n’est pas propre, mais, mettez-vous à ma place et passez un dîner entier à causer de PNL, alors qu’à l’apéritif vous ignoriez tout de cette abréviation, et nous en reparlerons.

-  Non, mais enfin, la politesse…

-  Bertrand, nous faisons l’amour, qu’est ce que la politesse a à voir là-dedans ?

-  Je sais pas…Non ?

-  Non.

Je m’allonge sur le flanc, le coude sur l’oreiller, la main sous le menton  et j’attends. Je lis clairement dans ses yeux d’amandes douces  qu’il aimerait que je continue, je le vois dans son sourire, pas besoin de maîtriser la programmation neuro linguistique pour cela. Je pourrais reprendre ce qu’il a interrompu dans un excès de zèle. Je pourrais mais je n’en fais rien, j’attends qu’il me le demande, qu’il oublie sa politesse et qu’il devienne hussard. Je décide de le narguer :

-   Tu veux quoi ?

-    Tu sais bien…

-    Alors, demande le moi !

Il prend une profonde inspiration, je vois son ventre se soulever, sa queue aussi. Je m’humecte les lèvres, ses mots vont sortir, je suis prête. Mais, soudain, il se redresse. Comme ça d’un coup, il tire sur la couette, pose un pied sur le plancher, puis l’autre et se lève précipitamment :

-  J’ai besoin d’une cigarette.

Il doit être 3 heures du matin, personne n’a besoin d’une cigarette à 3 heures du matin.

-  Qu’est ce qui se passe ?

Il allume sa Marlboro, tire une latte, vérifie que l’extrémité incandescente l’est de façon uniforme, bref, il gagne du temps. La belle assurance qu’il avait affiché toute la soirée, en dessinant des croquis sur la nappe en papier, s’est envolée. Disparue.  Ça lui va bien, cet air inquiet, ça le vieillit un peu, mais à peine, juste de quoi donner à ses rides un peu plus d’authenticité. Evidemment, prédisposée comme je suis au romantisme, je ne peux m’empêcher de penser : tout ça pour une pipe. Mais, je sais bien qu’il ne s’agit pas seulement de ça, c’est pourquoi, devant son silence obstiné, je répète :

-  Bertrand, qu’est ce qui se passe ?

-  Je ne sais pas faire.

-  Quoi donc ?

-  Demander.

-  Demander ?

-  Oui, je sais juste offrir, pas demander.

-  Mais c’est un jeu, tu ne me forces pas la main. C’est un jeu qui s’apprend.

Il s’allonge à nouveau à mes cotés et soupire. Il écrase la cigarette dans le cendrier qu’il a posé sur son ventre. Il me fait tendresse aussi, celui-là, jamais je n’aurais pensé aider quelqu’un à verbaliser ses désirs. Quelques heures plus tôt, c’est lui qui m’expliquais comment vivre mieux. Moi, je sais tout juste vivre bien mais, à ce jeu là, j’ai pris la main, sans même le vouloir. Il a une moue enfantine. Dans la pénombre, sa lèvre inférieure charnue est à croquer. Alors, pour faire diversion, je la croque. Et je la croque encore. Il me laisse l’embrasser, sa langue s’aventure enfin dans ma bouche, pas comme au restaurant où, timide, elle ne faisait que m’effleurer. Là, il m’embrasse pour de bon, et pour de bon, il agrippe mes cheveux. Avec fougue. Je sens qu’il va oser. De ses deux mains furieuses, il dirige ma tête jusqu’à son sexe.  Il n’y a rien de plus surprenant que l’audace des timides. Ni de plus douloureux. Il tire si fort que je perds la moitié de mes cheveux, en tout cas quelques uns, c’est sûr. Dans d’autres cas, j’aurais grogné “enfin, un peu de douceur, sale brute” mais ce n’est pas le moment. C’est son premier pas, je ne veux pas le freiner, il n’osera pas une seconde fois, tant pis s’il me désépaissit la chevelure, elle repoussera. Il l’a dit dans un soupir, mais j’ai entendu :

- Suce-moi.

Je résiste pour le jeu – c’est un jeu, faites qu’il s’en souvienne. Il le répète plus fort :

- Suce-moi.

Sa voix ne tremble presque pas, la phrase claque dans l’air. Mon cuir chevelu brûle, son sexe aussi, il l’enfourne dans ma bouche au plus profond. Je n’entends plus tous ses mots mais ils sont nombreux, j’entends mon prénom qui résonne dans la pièce comme un écho, comme un lâcher prise magnifique. Explosion. Il me serre fort, désormais, plus fort que ça je meurs, chauve de surcroît. Il me serre fort et ne dit rien. Il me serre fort, tout contre lui, son souffle dans mon cou. Il allait dire merci, mais, dans un baiser, je l’en ai empêché.

Quand même, il y a des mots qu’on ne dit pas.

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