Dans ma bouche, le sentir jouir, ce fut avant tout une émotion. Après vint le goût. Semblable à celui d’un édulcorant. Assez surprenant mais pas désagréable. La dernière gorgée avalée, je songeais en souriant à son prochain sobriquet. Désormais, je le surnommerai : saccharose. J’étais assez contente de moi, saccharose, c’était mignon et fort à propos. Bien sûr, avec le temps, je l’aurais appelé Saka et nous aurions inventé une jolie histoire pour expliquer à nos amis, à nos familles respectives, l’origine de ce diminutif.
Je lâchai son sexe qui s’écrasa mollement contre sa cuisse, la gauche comme d’habitude, et, encore sous la couette, je me mis à ramper, victorieuse, le long de son corps, jusqu’à ce que ma tête jaillisse au grand jour. J’avais les joues rouges et la bouche collante. Il me regarda. Ça le rendait beau cet air perdu et reconnaissant à la fois. Je ne sais pas si j’étais belle moi-même, avec ces rigoles de plaisir dégoulinant sur mon menton, avec mes cheveux hirsutes que ses mains avaient violemment décoiffés. Je ne sais pas si j’étais belle ainsi mais je me sentais pleine, pleine de son plaisir à lui.
Sans rien dire, il me serra dans ses bras comme jamais il ne l’avait fait auparavant. Je pris cet élan de tendresse, la tête calée dans son cou encore en sueur.
Un jour, c’est certain, nous allions finir par nous aimer pour de vrai. Ce jour là, je lui dirai : « Tu te souviens de notre rencontre, c’était un vendredi, tu avais une écharpe multicolore, tu m’attendais devant un kiosque à journaux et moi j’ai couru pour arriver à l’heure.. ». Ce jour là, nous ferons comme tous les couples solides, nous nous repasserons les épisodes de nos premières fois. Et dans ces premières fois, il y aura ce moment là, moi tout contre lui, lui tout contre moi, son sexe repu et ma bouche humide, et le silence qui perdure pour ne pas rompre la magie.
Il ne bougeait plus. Peut être s’était-il endormi… Je me redressai. Non, ses yeux étaient grand ouverts. Il souriait comme s’il avait compris lui aussi que, de ce moment, il y aurait un souvenir. Qu’elle était douce cette complicité et qu’elle me donnait envie de l’embrasser. Je tendis mes lèvres vers les siennes.
C’est alors que, brusquement, sa main se plaqua devant sa bouche et, dans un sursaut de dégoût, il détourna le visage.


2 commentaires
…et moi qui justement adore cela! Il y a vraiment des hommes qui ne savent pas ce qui est bon.
Bienvenue ici Cher Jérôme.
Je suis bien d’accord avec vous : il y a des hommes qui ne savent pas ce qui est bon.
Des hommes me soufflent dans l’oreille que la réciproque est vraie : il y a aussi des femmes qui…