La fouille au corps

Sur l’épaule, gauche je crois  – mais comment voulez vous savoir, nos corps étaient dans tous les sens – il avait un tatouage. Dans la semi pénombre de sa chambre, je ne distinguais pas clairement le motif. Une tête d’indien dans un rond peut-être. En tout cas, une chose est sûre, ça m’a clairement excitée. Je sais bien que ça peut paraître con : tous les tatoués ne sont pas des durs à cuire ni des légionnaires.  Mais, comprenez-moi, c’était la première fois que je faisais l’amour avec un homme tatoué. Un vrai. Et sur les draps, il y avait comme des grains de sable qui m’irritaient la peau.

Si j’avais lu sur sa poitrine « ici personne », je ne me serais pas étonnée outre mesure. Mais il n’y avait rien d’écrit, évidemment, juste une longue cicatrice fine que mes doigts parcouraient. Ce n’était pas le moment de lui en demander l’origine, mais, haletante dans ses bras, j’imaginais que quelqu’un l’avait ouvert, là, juste sous le sein et lui avait arraché le cœur. Je me voyais le rouvrir, à mon tour, au même endroit,  du bout de mon ongle acéré, suivant la ligne déjà tracée, et introduire ma langue dans la plaie, une langue infinie qui se serait glissée entre les cotes, pour finir dans  la cavité, à la recherche éperdue d’un petit bout oublié. Et je l’aurais mâché comme il me pénétrait, lentement pour faire durer.

Au lieu de cela, ce sont ses doigts que je suçais, un à un, je les engloutissais,  je léchais la paume aussi, comme un chien reconnaissant, à la truffe fine, qui se nourrit une deuxième fois par l’odeur alléchante. Mais ses doigts ne sentaient rien, cet homme n’avait pas le cœur sur la main, juste le goût de mon sexe, que je connaissais trop bien pour m’en contenter.

J’aurais voulu plus. C’était idiot. Il me donnait, il se donnait déjà beaucoup. Je pense même qu’au regard  de ma longue expérience chaotique, je pouvais affirmer que oui, lui, c’était un bon amant. Mais à ce moment précis, j’aurais voulu plus. Qu’on recommence à faire l’amour avant même d’avoir fini. Je sentais mon sexe accueillant, élastique, et le sien, le sien gonflé de désir, impatient et bien élevé. Il se retenait. De jouir aussi.

Finalement, alors qu’il n’y croyait peut-être plus et qu’il s’acharnait, c’est moi qui ai joui. J’ai joui en regardant ses mains torturer mes seins. J’ai joui en gueulant et il m’a suivie, dans la seconde. Dans la précise seconde. Sa voix plus grave que la mienne a couvert mes cris. Ma bouche tordue s’est écrasée contre son tatouage. J’ai senti la vague remonter jusqu’à ma gorge et perforer mes glandes lacrymales. J’allais pleurer sur cette épaule presque inconnue. J’allais pleurer quand, dans le silence revenu, le silence tremblant de la chambre, je l’ai entendu rire, mais rire de bon cœur. Rire comme si je lui chatouillais les pieds et qu’il était heureux. Alors, rien, j’ai ri avec lui. En pleurant un peu. 

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3 commentaires

  1. Le 25 septembre 2009 à 11:05 | Permalien

    C’est très sympa chez vous… petite fille de Zeus.
    Mais laquelle des neuf êtes vous donc ?
    Euterpe, la toute réjouissante muse dansante, ou bien Terpsichore la charmante et poétesse ? A moins que vous vous sentiez plutôt Calliope, l’éloquente à la belle voix…
    Personnellement j’ai un petit faible pour Erato (elle excelle en poésie amoureuse et en chants érotiques)
    Baisers intemporels…

    • Le 25 septembre 2009 à 11:17 | Permalien

      Bienvenue par ici cher E-Lover

      Je vous laisse Erato qui vous ressemble plus (je reviens de votre blog et si vous m’autorisez, j’en parlerai ici) et je prends Thalie…Parce que la comédie me sied bien.

      Au plaisir

  2. Le 26 septembre 2009 à 11:28 | Permalien

    Thalie la rigolotte, florissante et abondante : très joli choix. Je suis toujours sensible à l’humour… très inspiré !

    (bien sur vous pouvez évoquer mon petit Paradis à votre guise)

    Bon week end ;-)

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