Loin des clichés érotiques

J’ai calé les deux oreillers sous ma tête, me suis enfouie sous la couette parce qu’il fait drôlement froid chez lui et je lis. Je lis un recueil de nouvelles érotiques. Dès la première page, comme d’habitude, l’héroïne porte un chemisier qu’un homme habile prend soin de déboutonner avec une infinie lenteur. Apparaît alors son ventre plat. C’est bien précisé : « son ventre plat malgré deux grossesses ». Elle frémit quand l’homme, taquin, renverse un peu de champagne sur son VENTRE PLAT et se contorsionne de plaisir tandis qu’il la lape. Evidemment, une fine rigole s’insinue dans sa toison dorée. L’homme qui ne veut rien perdre -  au prix du champagne, on le comprend – enfouit son nez dans les poils pubiens doux comme de la soie, et lèche, lèche, lèche, s’enivre de son sexe poivré et légèrement alcoolisé. C’est l’extase pour elle, c’est l’extase pour lui, youpi. Il n’y a que moi qui m’emmerde en lisant. C’est de ma faute aussi ; il me faut toujours une pointe de réalisme, quelque chose qui sonne comme la vraie vie, celle des déconvenues. Oh, je ne demande pas grand-chose : il aurait suffit qu’il se redresse et qu’avec son pouce et son index, il récupère laborieusement un poil pubien englué sur sa langue. Rien que ça. Rien que ça, ça m’aurait excité.  Mais je ne dois pas être comme tout le monde puisque personne n’écrit pour moi. Sinon les femmes auraient des vergetures, les hommes des pannes sexuelles et des phrases malheureuses. Et les amants ne s’embrasseraient pas à pleine bouche au petit matin. Parce que dans la nouvelle érotico-érotique, après l’orgie au champagne, les orgasmes à répétitions, ils s’endorment et, au réveil, se roulent des gros palots. Alors, de deux choses l’une : soit je suis la seule à avoir une haleine de dogue au réveil – et je veux bien l’entendre, ça m’inciterait à boire moins et à ne plus fumer et, pourquoi pas, à m’acheter une brosse à dents électrique – soit il s’agit de Ken et de Barbie. Et Ken et Barbie qui font l’amour, ça ne m’a jamais excité. Même quand j’avais 10 ans et que je dirigeais moi-même leurs ébats, devant le camping car rose ou dans la maison à trois étages.

Je repose ce livre érotique que je ne finirai pas, un de plus, et j’attends que mon homme me rejoigne au lit.

Par la porte entrouverte de la salle de bains, je l’aperçois. Il est debout, devant le lavabo, une serviette nouée à la taille. Il a posé sa brosse à dents dans le gobelet et s’est approché du miroir. Il se tire la peau dans tous les sens, la presse par endroits, exactement comme une femme. Comme je le fais quand je sais qu’il ne me regarde pas. Il a dû repérer un point noir quelque part sur son front. J’ai envie de lui crier « laisse-le moi » -c’est dégueulasse mais j’adore ça- mais je me retiens : il est encore trop tôt, notre relation naissante ne supporterait pas ce genre d’intimité. Pour l’instant, je ne peux que l’attendre dans son lit, alanguie et impatiente.

-         Alors, tu viens ?

-         Ahhhh, ouiii, je viens…je viens, je viens, je viennnnnns répond-il en faisant irruption dans la chambre.

Il est entièrement nu maintenant et entreprend quelques pas de danse, la verge flaccide, une main sur son ventre rond, l’autre s’agitant au-dessus de sa tête. A sa façon, il est sexy.

Je le lui dis. Exactement, je lui dis :

-         On dirait Fantasia.

-         Qui ? demande-t-il sans s’arrêter

-         Fantasia. Le dessin animé avec les hippopotames qui dansent 

-         Hoooo… la salope !

« La grooosse salope », répète-t-il en se jetant sur le lit. Je hurle, rabats la couette sur mon visage mais il est bien plus fort que moi, mon hippopotame. Il arrache la couette d’un coup. Avec ses genoux, il écarte brutalement mes cuisses et m’écrase de tout son poids. Je fais mine de me débattre. Ça l’excite. Il me pénètre, réduisant les préliminaires à un  « Putain, je vais te faire mal ! ». En vrai, il ne me fait pas mal mais je grogne quand même : « Aie aïe aïe ». Pour la forme.

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3 commentaires

  1. Le 15 octobre 2009 à 12:11 | Permalien

    Aïe aïe aïe !

    La littérature érotique ne vaudra peut être jamais l’émoi que provoque un amant fougueux ou une maitresse audacieuse… mais j’ai déjà eu l’occasion de lire quelques belles pages, élégantes, décoiffantes, hilarantes, selon les cas (à temps perdu, voir ma petite bibliographie paradisiaque). Et les lire à deux peut aussi être fort intéressant !

    Bisous, tendresse et luxure.

  2. Le 20 octobre 2009 à 4:09 | Permalien

    Intéressant. Donnez-moi donc le titre de votre livre érotique préféré…

  3. bribes
    Le 4 novembre 2009 à 6:36 | Permalien

    bonjour,

    http://stephany.blog4ever.com/blog/index-360563.html

    bonne lecture,

    baisers,

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